Quel futur pour le volleyball féminin?
La LNV écrit sur son site internet (décisions CACCP, actualtité 21/12/2023) : « La nécessité de disposer, au strict minimum, d’une situation financière équilibrée est une des conditions essentielles de participation à un championnat professionnel. Il ressort cependant des analyses des comptes définitifs 2022/2023 que de nombreux clubs poursuivent la consommation de leur fonds propres qu’ils avaient pu constituer lors des deux exercices impactés par la Covid ».
Ce constat est aussi vrai que navrant.
Vrai car sans situation financière équilibrée, la participation à un championnat professionnel, et plus généralement toute activité économique -car les Clubs sont aussi une activité économique il ne faut pas l’oublier-, est compromise.
Navrant car, malgré le soutien parfois très important des collectivités locales et celui de sponsors privés, malgré les efforts considérables qu’ils déploient pour développer leurs ressources, certains clubs de Ligue A féminine, semblent à la peine pour équilibrer leur budget, comme le constate la LNV elle-même : « Lors de ses travaux, la CACCP a relevé un certain nombre d’anomalies ou d’écarts significatifs dans les dossiers financiers déposés par différents clubs, ainsi que des infractions au règlement DNACG, au titre desquelles des mesures administratives ont été prises ».
A la clef, il y a des sanctions à la fois financière (qui appauvrissent encore un peu plus ceux qui sont déjà en difficulté financière…), administratives, mais aussi sportives (qui pénalisent non seulement le staff de joueuses, mais affectent psychologiquement les nombreux bénévoles qui donnent de leur temps pour les Clubs mais aussi sur les supporters, et ont potentiellement des répercussions sur les sponsors … ).
Certes, les clubs sanctionnés peuvent faire appel des décisions de la CACCP auprès du Conseil Supérieur de la DNACG. Mais cet appel n’est pas suspensif. Et les mesures prises à titre conservatoire ne peuvent faire l’objet d’un appel.
Une fois rendue publique (et il semblerait que le public ait pu avoir connaissance de la sanction avant même certains clubs sanctionnés, ce qui est étonnant en regard de l’article 7 du règlement DNACG de la LNV), la décision, quand bien même elle serait infondée et sera dès lors réformée en appel, peut avoir un effet psychologique important sur les parties prenantes.
Loin de nous l’idée qu’un contrôle de la gestion administrative, juridique, financière des clubs affiliés à la FFVOLLEY et des sociétés qu’ils ont constituées, ne soit pas indispensable. C’est d’ailleurs loi qui le prévoit, afin d’éviter des dérives qui pourraient être très préjudiciables pour les Clubs, mais également pour l’image d’une discipline sportive et donc du sport.
Le contrôle de la CACCP est donc parfaitement légitime et indispensable.
Cependant, il nous semble que si de nombreux clubs sont sanctionnés, c’est le signe que les règles de gestion auxquelles sont soumis les clubs de LAF ne sont pas suffisamment adaptées à leur activité et contraintes, sont parfois en décalage important avec la réalité du « terrain ».
Ainsi la rigueur du contrôle devrait être équilibrée par une évolution des mesures prises par les acteurs institutionnels à l’écoute des revendications des clubs, et par des incitations offertes à ces acteurs pour développer une économie durable et performante des clubs, une économie adaptée au contexte d’aujourd’hui.
Il nous semble à cet égard que la LNV a un rôle actif très important à jouer, à l’écoute des revendications et propositions des clubs, aux fins de permettre à ceux-ci d’évoluer sportivement.
Mais il n’y a pas que la LNV qui a un rôle important à jouer. Les partenaires sociaux en jouent également un.
En outre, le constat de la difficulté économique des clubs devrait pousser le législateur à adopter des dispositifs vraiment efficients permettant à ceux-ci d’arriver à l’équilibre financier nécessaire à leur performance sportive.
Fort de ce constat, il faut maintenant construire, faire œuvre de proposition et de réalisation pour que les clubs de Volley féminin trouvent l’équilibre économique indispensable à leur progression et que le Volley féminin français puisse rayonner autant qu’il le mérite.
C’est ce que nous tenterons, modestement, de susciter au fil de quelques blogs à venir, afin d’apporter notre modeste contribution à cette noble fin.
Fabrice Siiriainen
Professeur à l’Université Côte d’azur
Avocat au barreau de Paris (Aravocat)

