Une petite histoire de déplacement ….
En 1987, nous étions qualifiés pour disputer la Coupe d’Europe, un véritable événement pour le Racing et la ville de Cannes. Après un match contre l’équipe espagnole Xàtiva en Espagne, le match retour s’est joué dans la salle Carnot. Vainqueur au tie-break, nous avons arraché la qualification pour rencontrer Thessalonique en Grèce.
A Thessalonique, la salle de match pouvait contenir plus de 5000 personnes et des centaines, étaient déjà devant l’entrée, à notre arrivée. Le volley-ball en Grèce aurait-il été un sport national ? Non, il n’y avait que quelques spectateurs pour assister à notre match. Les aficionados présents devant l’entrée attendaient le match de basket, et pas le volley-ball.
Ayant gagné contre Thessalonique, nous étions qualifiés pour rencontrer Alma-Ata, capitale du Kazakhstan. Pour nous, Alma-Ata c’était le bout du monde, le fin fond de la Russie, tout près de la frontière chinoise. A l’époque, il n’y avait au départ de Marseille qu’un vol par semaine pour Moscou, le samedi, avec retour le vendredi. A Moscou il nous fallait changer d’aéroport pour prendre un vol ver le Kazakhstan. C’est la présidente de l’association France -URSS, très au courant des échanges avec le pays des tsars, qui nous a alors conseillé, d’utiliser les services de l’agence officielle de tourisme russe, Intourist
C’est ainsi que nous avons pu organiser notre déplacement sur une semaine: 2 jours à Moscou, 3 jours à Alma-Ata et encore2 jours à Moscou. Il a fallu aussi prévoir au moins un entraînement à Moscou, avant d’arriver dans les steppes du Kazakhstan. C’est notre entraîneur, Marc Rousselin, qui grâce à ses connaissances du volley international, a réussi à obtenir l’autorisation d’un entraînement, dans la salle du prestigieux Dynamo Moscou.
Tout était bien organisé pour nous, mais nous n’avions aucun retour ni du club kazakh, ni même de la fédération soviétique quand à l’organisation sur place. Il a fallu téléphoner à l’ambassade de France à Moscou, pour demander à notre attaché culturel de prendre contact auprès des instances sportives Moscovite et Kazakh et savoir si ils avaient bien reçu nos fax. La réponse a été très claire, ils ont reçu vos fax, mais …..c’est la Perestroïka , alors ils sont un peu débordés !!…
Rassurés, nous partons pour Moscou. Tout se passa très bien jusqu’au lundi midi, nous devions décoller pour Alma-Ata à 1h du matin. A 16h, toujours rien, aucun contact. Avec le Président Lefevre, nous décidons de nous installer au bar de l’hôtel de manière à surveiller les arrivants au cas où… Là, surprise! 2 personnes en survêtement et grand sac de sport, viennent s’adresser à nous en anglais. Ce n’était pas les contacts fédéraux, mais les 2 arbitres du match, qui comme nous, attendaient un contact.
Vers 19h, 2 personnes se présentent enfin: c’était les représentant des Fédérations de Russie et du Kazakhstan.
Enfin, direction l’aérodrome. Heureusement nous avions avec nous notre guide pour traduire. A l’aéroport, on nous a fait entrer dans une grande salle vide, avec les 2 arbitres et le représentant Kazakh, en nous priant d’attendre. En URSS, il fallait être patient. A une heure du matin, nous avons enfin décollé pour arriver à 5 heures en terre Kazakh. Mais les surprises n’étaient pas terminées. A 5h du matin, à Alma-Ata, en janvier, il fait -30° … mais, à la descente de l’avion, pas de bus chauffé pour nous attendre, seulement un plateau remorque, attelé à un tracteur. C’est comme cela que le Racing, les arbitres et le représentant fédéral Kazakh ont rejoint le hall de l’aérogare pour récupérer leurs valises.
Autre surprise, la patinoire d’Alma-Ata qui pouvait contenir + de 6000 places avait été transformée, pour le volley-ball, en plaçant un parquet sur la glace. Nous étions loin de penser que 6000 personnes viendraient assister à un match contre le Racing Club de Cannes, et pourtant, à notre arrivée, la salle était comble; chacun des 6000 spectateurs avait déjà trouvé place dans les tribunes.
Un grand défilé de mode Kazakh avait été prévu avant la rencontre, ce qui nous à permis d’admirer de superbes robes et costumes traditionnels.
Bien sûr nous avons perdu 3-0 chez eux, devant 6000 spectateurs, mais le match retour aurait lieu chez nous, dans notre salle Carnot et ce serait aussi un grand événement pour le Racing et les Cannois.
Après le match, c’est en pleine steppe que les dirigeants d’Alma-Ata avaient organisé un repas typique pour nos deux équipes. Nous avons même pu goûter du lait de chamelle caillé et des plats totalement inconnus pour nous. A 4 h du matin, nous étions au caviar sur des tranches de saucisson, bien arrosé à la vodka. Dur, dur! On devait prendre l’avion pour Moscou à 7h et c’est en trombe que nous sommes passés à l’hôtel pour prendre nos valises et rejoindre l’aéroport.
Mais l’histoire ne s’est pas terminée là. Le match retour à Cannes s’est bien sûr déroulé à la salle Carnot et nous avons aussi perdu 3-0.
C’est l’association France-URSS, aujourd’hui disparue, qui nous a aidés à prendre en charge l’équipe d’Alma-Ata pendant toute une semaine, en organisant la galette des rois, un repas à la cantine des PTT de Cannes et des visites de notre région.
Toutes les joueuses d’Alma-Ata avaient emporté dans leurs valises quelques boites de Caviar ; c’était, pour elles, un bon moyen d’échange contre des francs. A leur première sortie pour visiter Cannes, elles avaient vendu tout leur stock.
Au moment de repartir, leurs dirigeants avaient tout simplement oublié de confirmer leurs billets d’avion et comme il n’y avait plus assez de places pour toute la délégation, ils ont dû se séparer et ont été obligés de quitter Nice dans des directions différentes pour rejoindre Alma-Ata.
Il faut savoir que l’équipe d’Alma-Ata, a été sacrée Championne d’Europe cette année là.
C’était vraiment une autre époque……
Pierre Alain Vuolo

